Électrification du Sud-Est : un enjeu qui dépasse les besoins industriels de Fos-Berre
Par Caroline RITZENTHALER
Directrice Transition Ecologique & Grands Projets d'EDF
Industrie, transports, logements, activités économiques : l'accélération de l'électrification concerne désormais l'ensemble des secteurs et des territoires de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Une transformation qui renforce la nécessité de sécuriser l'approvisionnement électrique régional et d'adapter les infrastructures aux besoins de demain.

Une stratégie nationale pour accélérer l'électrification des usages
En février 2026, l'État publiait la Programmation pluriannuelle de l'énergie n° 3 (PPE3). Cette PPE présente le mix de production énergétique attendu pour le pays dans cinq ans. Elle prévoit également un scénario de consommation d'énergie finale comprenant une augmentation rapide de la part des énergies décarbonées (passant de 40 % à 60 % en 2030, puis à 70 % en 2035), s'appuyant principalement sur une électricité par ailleurs décarbonée à 95 %. Ainsi, passer à l'électricité pour ses usages énergétiques, c'est décarboner son activité.
Pourtant, la consommation électrique française s'est effritée au cours des dix dernières années. Or, un système électrique ne fonctionne que si la consommation est égale, à tout instant, à la production.
Pour la 1re fois, la PPE intègre donc une clause de revoyure pour 2027, précisant que « les études qui seront conduites dans les deux prochaines années sur l'évolution de la consommation pourront, au besoin, donner lieu à une révision simplifiée dela PPE d'ici à 2027 », traduisant ce besoin d'équilibre entre production et consommation.
Une électricité décarbonée, facteur de souveraineté et de compétitivité
En mars 2026 éclatait la crise du détroit d'Ormuz, qui faisait s'envoler une nouvelle fois le prix des énergies fossiles, gaz et pétrole, mais aussi les prix de l'électricité chez nos voisins européens, dont la production électrique dépend encore fortement du gaz et du charbon. La France se trouve préservée, notamment grâce à son parc nucléaire. Elle exporte ainsi chaque année un volume d'électricité supérieur à la consommation annuelle de la Belgique. Cette énergie souveraine est de nature à la protéger dans un contexte géopolitique mouvant. Ces exportations rapportent environ 5 Md€ à la balance commerciale française, quand, dans le même temps, notre pays dépense entre 50 et 60 Md€ chaque année pour importer le pétrole et le gaz nécessaires au chauffage, aux transports et à l'économie. Cet écart de prix fait de l'électricité dans notre pays un atout compétitif majeur. D'ailleurs, les immatriculations de véhicules légers ont bondi pour atteindre 50 % des nouvelles immatriculations à fin août.
Des objectifs d'électrification dans tous les secteurs
Fin avril 2026, le gouvernement lançait donc le grand plan d'électrification de la France afin d'accélérer cette transformation.
Ce plan prévoit une nette accélération de l'électrification dans tous les secteurs : industrie et artisanat, tertiaire et résidentiel, fret et mobilité des habitants, agriculture. Pour faciliter cette transformation, il renforce et développe les mesures d'accompagnement : leasing social, standardisation des fiches CEE, etc.
Début juillet 2026, la Stratégie nationale bas-carbone n°3 présentait des feuilles de route sectorielles fixant, pour chaque secteur, des objectifs précis d'électrification à l'horizon 2030 : 15 % du parc roulant électrique, 90 % d'autobus et 30 % d'autocars électriques dans les ventes de véhicules neufs, 51 % des véhicules utilitaires légers neufs électriques, 5 TWh de consommation d'hydrogène électrolytique (produit à partir d'électricité), ou encore l'atteinte de 9 millions de pompes à chaleur dans le résidentiel, ce qui revient à passer de 300 000 à 1 million d'installations par an. Ces objectifs sont également ambitieux à l'horizon 2050, avec notamment le souhait d'atteindre 55 % d'électrification dans l'industrie.
En Provence-Alpes-Côte d'Azur, des besoins qui dépassent Fos-Berre
En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'électricité représente environ 26 % de la consommation énergétique. Si les besoins électriques des très grandes industries du bassin de Fos-sur-Mer ont été bien pris en compte par RTE dans l'analyse qui l'a conduit à proposer une nouvelle ligne de 400 kV pour alimenter la zone, les centaines de MW complémentaires attendues dès 2030 avec ce plan d'électrification pour les autres usages industriels, les ports, les camions, les logements ou encore les voitures n'étaient pas encore identifiées. À l'horizon 2030, hors nouvelles installations industrielles, le potentiel représente plus de 10 TWh, soit environ 25 % de la consommation annuelle de la région. Derrière ces chiffres, c'est toute la société qui est concernée : les ménages, les boulangers, les taxis, les transporteurs, ainsi que les activités tertiaires et industrielles. Et ce, dans tous nos départements, jusqu'au nord des Hautes-Alpes et à l'est des Alpes-Maritimes.
Un réseau électrique à renforcer pour répondre aux besoins de toute la région
L'histoire s'accélère. Et dans une région qui dépend majoritairement, pour son alimentation électrique, des électrons produits dans le reste du pays et transitant par une ligne électrique RTE, on comprend l'importance majeure de renforcer ce lien physique que représentent les lignes à 400 kV avec les autres régions françaises.